Nemours Jean-Baptiste est le premier à  prendre place dans Le PanthĂ©on pour avoir créé le Compas Direct, rythme adoptĂ© par la plupart des groupes qui le suivirent. Ce rythme est actuellement national et jouĂ© dans les quatre coins du pays. Nemours a donc gagnĂ© sa place au panthĂ©on puisque son oeuvre a touchĂ© et touche encore presque la totalitĂ© de ces concitoyens. Le texte que nous proposons ci-dessous est tirĂ© du site NEMOURSJEANBATISTE.org, qui lui est spĂ©cialement dĂ©diĂ©.
Quelques compositions de Nemours

Troisième d’une famille de quatre enfants, Nemours Jean-Baptiste est nĂ© le 2 fĂ©vrier 1918 Ă  Port-au-Prince. Ses parents Lucia Labissière, couturière et ClĂ©ment Jean-Baptiste, cordonnier dĂ©cèdent prĂ©maturĂ©ment.

Nemours et ses frères et soeur AndrĂ©, Monfort et Altagrace furent confiĂ©s Ă  des proches parents. Il fit de brèves Ă©tudes Ă  Jean Marie Guilloux et chez les Frères de Saint Louis de Gonzague et a dĂ» faire très tĂ´t aux affres de la vie occupant de menus emplois pour survenir Ă  ses besoins. Devenu coiffeur, Nemours a pu trouver, sans nul doute, en ses clients et le salon de coiffure, l’auditoire et l’endroit idĂ©al pour discuter de son amour et don pour la musique. Ce don a reçu par hasard sa première sponsorisation Ă  travers un ami, Antoine Duverger. Joueur et propriĂ©taire de banjo, Duverger a dĂ©cidĂ© de confier son instrument Ă  Nemours pour Ă©viter les rĂ©primandes parentales : « l’enfant de famille » des annĂ©es 50 ne faisait pas de la musique. Nemours en a profitĂ© pour apprendre tout seul le banjo. La chance lui a sourit lorsque Duverger n’a pas pu respecter un de ses engagements auprès des frères Guignard. Nemours l’a remplacĂ©. La performance fut un succès et lui a rapportĂ© $30.00 et son recrutement par les frères Guignard. De cette date, Nemours s’Ă©tait adonnĂ© complètement Ă  la musique; une carrière qui allait durer environ vingt-cinq ans. Au cours d’une de ses performances, il a rencontrĂ© Marie FĂ©licitĂ© C. Olivier. Ils se sont mariĂ©s le 28 Septembre 1946 et eurent trois enfants Marie Denise qui a vĂ©cut jusqu’Ă  l’âge de deux (2) ans, Yvrose et Yves Nemours Jr.

Les dĂ©buts de Nemours consistaient surtout de tournĂ©es Ă  travers le pays animant les fĂŞtes patronales.  C’est d’ailleurs un jour de la Sainte Anne, le 26 juillet 1955, qu’il a crĂ©Ă© le rythme qui allait devenir le compas et son propre groupe musical, Conjunto International avec pour Membres fondateurs Julien Paul, Monfort Jean-Baptiste, frère de Nemours, Anilus Cadet, Mozart et Krutzer Duroseau et pour une courte durĂ©e Webert Sicot qui sera remplacĂ© par Frank Brignol.  Mais, ce n’Ă©tait pas son premier coup d’essai de maestro. Il a dirigĂ© auparavant, des groupes de l’Ă©poque tels que Anacaona, Jazz Atomique, Jazz atomique Junior.

En 1956, la carrière de l’artiste devait prendre une nouvelle direction lorsqu’il rencontra son premier promoteur, Jean Lumarque, propriĂ©taire d’un Club Ă  la mode, « Calebasses ». Ce dernier organisa la première tournĂ©e Ă  l’Ă©tranger de Nemours et son groupe les accompagnant aux États Unis d’AmĂ©rique et au Mexique. Cependant, peu de temps après, Nemours devait quitter Lumarque pour Senatus Lafleur, propriĂ©taire d’un autre Club, « Palladium ». Pourtant, c’Ă©tait encore Jean Lumarque qui, en 1961, emmena aux États-unis le groupe et le 5 juillet, au cours d’une cĂ©rĂ©monie au siège des Nations Unies, Nemours a reçu une plaque d’honneur. Après un autre aller-retour du Palladium au Calebasses, Nemours et son groupe successivement nommĂ© « Ensemble aux Calebasses » et « Ensemble Nemours Jean Baptiste » ont Ă©tĂ© embauchĂ©s par RenĂ© Marini, propriĂ©taire de « Cabane Choucoune » oĂą ils ont jouĂ© de 1962 Ă  1970.  Au cours de cette pĂ©riode, en 1963, l’artiste a participĂ© Ă  son premier dĂ©filĂ© carnavalesque, sur demande du public. A noter qu’il souffrait de glaucome. En juillet 1967, les mĂ©decins d’un hĂ´pital de Port-au-Paix ont dĂ» lui enlever son Ĺ“il (droit ou gauche) au cours d’une intervention chirurgicale

Nemours a également séjourné deux ans (1970-1972) aux États Unis d’Amérique et performé dans des clubs tels que Château Caribe (Manhattan) et Canne-à-Sucre (Corona, Queens). De retour sur la terre natale en 1972, il a pris en charge un dernier groupe, le Top Compas, rebaptisé « Super Combo de Nemours Jean-Baptiste » et a été en tournée en Guadeloupe de mai à Décembre 1973. En mai 1974, un promoteur de la Guadeloupe, Hubert Romain leur fit faire une tournée passant par la Guadeloupe, la Martinique, la France et la Guadeloupe pour revenir au pays en Novembre 1974. Leur passage en France, au mois de septembre, a été un immense succès provoqué par la chanson « Ti Carole », en tête du hit parade sur « Radio Télévision France Inter » pendant six mois. De retour au pays en Novembre 1974, le groupe élut domicile à « Cabane Choucoune » jusqu’à sa dissolution en 1979 avec le départ pour les États Unis de son fondateur, Wagner Lalane.

En 1980, environ un quart de siècle après le lancement de sa grande carrière, Nemours s’est retrouvé en musicien solitaire. Heureusement, Eddy Zamor, animateur de radio et présentateur durant les années 60 en Haïti, devenu promoteur de musique aux États-Unis, a pu venir à sa rescousse. Il sponsorisa une soirée de vingt-cinq ans d’anniversaire du compas et l’évènement a été célébré en grande pompe de concert avec le Skah Shah au club « Olympia Palace », New York. Cette soirée a été, en quelque sorte, un hommage couronnant la grande carrière de Nemours Jean-Baptiste. Sa prochaine tentative de jouer aux Etats-Unis en 1981, cette fois-ci accompagné de son rival musical de longue date, Webert Sicot, devait avorter. Nemours est tombé gravement malade et subit une intervention chirurgicale à New York (« Elmhurst Hospital », Queens). Il passera les quatre dernières années de sa vie en Haïti, luttant contre le cancer de la prostate et la cécité. En dépit de l’insistance de sa femme et enfants, il a préféré mourir dans son pays disant qu’à sa mort on reconnaîtra sa valeur.

Jusqu’à la moitié du 20ième siècle, les besoins du public haïtien en animation musicale avaient été principalement satisfaits par les troubadours, et la cadence « tipico » venue de la République voisine et de Cuba. Cette cadence et/ou les groupes espagnols dominaient la majeure partie de nos festivités publiques ou/et privées. Les débuts de Nemours ont été marqués par cette cadence qui lui a permis de gagner le cœur du public. Cependant, Nemours n’a jamais apprécié cette colonisation du marché musical haïtien. Du côté haïtien de la frontière, le Dominicain et le Cubain vivaient de leur musique, de l’autre côté nos frères étaient humiliés par ces mêmes gens.

Inspiré en quelque sorte par ce nationalisme et aidé de son génie, Nemours a donné aux haïtiens leur propre cadence : le compas. Après le lancement de sa carrière, il ne s’était pas arrêté à l’apprentissage du banjo, il a su maîtriser le saxophone et la guitare.

Une autre facette attrayante du personnage Nemours a été sa verve prompte et légère. À l’apogée de sa carrière, il choyait son public régulièrement avec une nouvelle composition. Tous les samedis, ses fanatiques l’attendaient au Rex Théâtre et ils n’étaient jamais déçus ni par le fond ni par la forme. Les femmes haïtiennes, régulièrement l’objet de satyre de nos musiciens, étaient les chouchous de Nemours. En témoignent, les tubes « aprann renmen », « ròb antrav », « Solange » pour ne citer que cela. Quant au compas, son enfant chéri qu’il a mis au jour, il n’avait jamais cessé de prédire sa réussite et longévité. Des tubes comme : « Universal compas », « Vivre Compas », « La joie de vivre » en sont la preuve. Pour Nemours, la clé de ce succès ou cette longévité a été de garder la cadence aussi simple que possible.

Joueur de banjo, guitariste, saxophoniste, compositeur et chef d’orchestre, Nemours Jean-Baptiste, a été un artiste complet. Il a été pour la musique haïtienne ce que furent les Pères de la Patrie pour Haïti. A sa mort le 18 Mai 1985, il a légué un riche héritage au marché musical haïtien. Les premières bases posées par Nemours constituent une source inépuisable qui a inspiré et continue à guider les jeunes générations. Aujourd’hui encore, un demi-siècle siècle après la création du compas, le public haïtien ne s’est jamais lassé de danser et la musique de Nemours et le compas.

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